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Laurant Weill [fr-en] -Loriciel- (Amstradeus)

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-Decembre 2007- (source : Amstradeus)

Interview de M. Laurant Weill (Loriciel)

- Tout d'abord pouvez vous vous présenter et nous dire ce que vous faites actuellement ?
Bonjour,

Laurant Weill, j’ai créé certaines des toutes premières sociétés de jeux vidéo en France, telle Loriciel qui était l’une des plus importante de l’époque.
Aujourd’hui je préside la société Visiware que j’ai fondé en 1994, et qui est devenu le leader mondial dans le domaine des jeux en télévision interactive. Nos chaînes de télévision sont diffusées dans plus de 70 pays. Depuis deux ans nous avons lancé la première offre triple play qui permet de jouer sur TV, mobile et internet, ainsi vous pouvez commencer une partie disons sur votre TV et la continuer sur votre mobile.
En plus de Loriciel j’ai créé ou participé à des sociétés comme Microïds, Evolution, Broderbund Europe, PCAway… Evolution avait créé le traitement de texte le plus vendu à l’époque et qui était fourni avec les Amstrad PC.

Une anecdote ? La négociation avec Marion Vannier d’Amstrad pour ce traitement de texte a été longue et douloureuse ; en parallèle Atari nous faisait des propositions et demandait l’exclusivité. Finalement alors que nous avions négocié chaque centime mais que tout le monde allait craquer, avant la signature, Marion Vannier nous a convoqué. Nous étions résolu à ne plus rien accepter, plus rien, et surtout pas de nouvelles fonctionnalités à développer dans le traitement de texte. Et voila ce qu’elle avait à nous dire : « OK on signe, mais sous une condition non négociable : je veux que le manuel du produit soit dos carré collé cousu (une méthode de reliure qui est plus solide), vous comprenez pour une femme c’est important». Je dois dire qu’elle nous a soufflé, nous nous attendions à tout sauf à cela. Nous avons accepté et signé.

- Quel a été votre premier ordinateur ?
Oh la, j’ai commencé avec ce qui n’était à l’époque que des kits à monter soit même, à partir de plans. Disons que mes premiers processeurs furent le Motorola 6800 et le Z80. Pendant mes études d’informatique et durant ma période à l’armée j’ai monté une équipe de vrais fous créatifs. La moyenne d’âge était de 20 ans. Nous avons désigné et construit notre propre ordinateur : TOM. Il était à base du premier processeur 16bits, le 68000, qui allait sortir quelques mois plus tard. L’un s’occupait du chip graphique et du câblage, un autre du Bios, un du Basic (langage), et tout le monde de la fabrication.

L’ensemble occupait dans ma cuisine deux tables et des milliers de liaisons et circuits discrets. Une époque formidable et une machine incroyablement puissante avec des fonctionnalités innovantes et étonnantes, des résolutions graphiques jamais atteintes, ce pour un prix très bas. TOM sous le bras, nous avons été voir Thomson, (ils avaient sorti le TO7) ; ils étaient disons surpris et nous le fûmes également quant ils nous ont répondu : « on ne croit pas au 16bits, merci». Six mois plus tard sortait le MacIntosh à base de 68000, puis les Atari, Commodore...

Avant, pendant et après Loriciel -que j’ai crée en Septembre 1983 juste à la fin de mes études- je pense avoir vu passer toutes les machines. Les ZX80 puis 81, Apple 1, Lynx, Oric, Dragon, Enterprise, Mattel, Pet, CBM, Alice 32, Philips VG5000, Thomson, les Atari, Amiga... et bien sûr tous les Amstrad.

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- Quand avez-vous découvert l’Amstrad CPC ?
En allant voir Francois Quentin à Sèvres dans leur premier bureau, un homme dont je garde un très bon souvenir, bien qu’il ait fallu se battre afin d’obtenir les premières machines pour développer.

- Quelles étaient vos relations avec Amstrad France ou Amstrad ?
Très bonnes avec la France, inexistantes avec les UK, je n’ai dû rencontrer Alan Sugar que 2 fois et rapidement ;. alors que je pense avoir rencontré tous les patrons des sociétés de l’époque ; de Steve Jobs à … tiens, une autre anecdote, mon premier rendez-vous avec le patron (CEO) d’Activision. A l’époque la plus grosse société de jeux et celle qui organisait des fêtes ahurissantes dans un luxe démesuré. Nous devions nous retrouver dans sa grande suite au Caesar Palace à Las Vegas.

J’arrive donc de Paris pour négocier la distribution exclusive en France, avec ma belle mallette en métal. Il m’invite à m’assoir dans un large canapé du salon, devant moi une table basse, en face sa femme et lui. Elle me propose des rafraichissements et je prends un grand jus de tomate. Le verre posé juste devant moi, la conversation s’engage. Désirant lui montrer le dernier magazine Tilt (de jeux vidéos) j’ouvre donc ma rutilante mallette, qui en se dépliant rapidement heurte le verre de jus de tomate qu’elle projette avec tout son contenu… sur mes deux invités. Vous imaginez que pour une introduction c’était « sanglant ». Une horde de sous directeurs, nounou, femme de ménage ont accouru, ce qui n’a fait qu’amplifier ma gêne. Nous avons finalement signé ce contrat avec Activision.

- Qu’en pensiez-vous à l’époque et qu’en pensez-vous maintenant ?
J’avoue qu’au tout premier contact, je n’étais pas tout à fait convaincu. Je trouvais l’emballage vilain, la couleur moche, le marketing basic, et les fonctionnalités peu innovantes. Et puis c’était une question d’école, lorsque l’on avait commencé dans la famille Motorola / Commodore.. avec les processeurs 6502, 6800, etc, on était sectaire avec « les autres » (Z80) présents dans les machines TRS80, Amstrad... et réciproquement. Ce qui alimentait des débats endiablés permanents entre les deux groupes. Juste de bonnes raisons pour se challenger, créer, échanger.

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- En possédez vous toujours (ou d’autres vieux ordinateurs) ?
Malheureusement je n’ai gardé qu’un Oric,...et la boite de TOM, je le regrette maintenant. Par contre je pense avoir conservé un exemplaire de tous les jeux de Loriciel ou quasiment. (non ne m’écrivez pas, je les garde !)

- Avez vous une photo ou plus d'information sur TOM. J'avoue que vous avez éveillé ma curiosité. (en plus, c'est le prénom de mon fiston) ?
Et non malheureusement, il faudrait que je prenne une photo.

- De tous les 8/16 bits de l'époque, lequel reste le plus cher à votre cœur (l'Oric, je présume...) ?
Oui l’Oric, je l’ai découvert en premier alors qu’il était en phase de conception, ai beaucoup parlé avec son designer à côté d’Oxford et j’ai personnellement passé des heures dessus. Je l’avais épluché, avait refait le schéma pour apprendre les trucs employés. J’ai beaucoup appris avec l’Oric. Juste après, je dirais la famille des Commodore : le PET 2001 et les CBM. Et coup de cœur mon premier kit monté tout à la main à base de 6800. Je lui avais donné le nom d’Achille.

- Qu’est ce qui vous a amené à l’informatique ?
A 13 ans mon père m’a emmené à un salon informatique de l’époque (il n’y avait que de très grosses machines) le SICOB et j’ai eu besoin de comprendre comment cela fonctionnait.

- D’où est venue l’idée de créer Loriciels ?
Tout naturellement. J’avais ouvert un magasin qui était devenu le premier importateur de l’Oric en France (Ellix) pendant que je faisais mon service militaire. Il y avait une queue de 300m devant le magasin chaque jour de livraison, j’avais écrit un ou deux jeux, les copains idem, et je me suis dit qu’il y avait un marché. J’ai créé Loriciels (à l’époque avec un s) et c’est ma femme qui a trouvé le nom alors qu’elle était à l’INPI et que tous les noms que j’avais choisi étaient déjà déposés. La publicité étant quasiment chez l’imprimeur il fallait trouver un nom dans l’heure. Le succès a été très rapide, Infogrammes s’est créé 4 mois plus tard. Loriciels est devenu le leader sur le marché français dans ces années 83-90.

- Pourquoi Loriciel en lieu et place de Loriciels ?
Juste pour une question d’équilibre à l’occasion de la création du nouveau logo, nous recevions des courriers avec et sans S.

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- Comment voyez vous aujourd’hui toute cette aventure ?
Sans nostalgie. 7 années fantastiques où nous avons dû tout créer y compris la distribution, le marketing, les méthodes de fabrication, de ventes. Et 3 années de galère avec l’arrivée de la seconde génération de consoles qui nous étaient, au départ, fermée par les japonais et qui a fait chuter gravement le marché. Mais nous étions très jeunes, (j’avais 23 ans au début de Loriciels) inexpérimentés, ne réagissant qu’avec notre logique et nos intuitions : une exceptionnelle expérience, et aussi rétrospectivement de nombreuses erreurs.

- De quoi êtes-vous le plus fier ? Qu’auriez vous changé ?
D’avoir participé à la création d’une industrie, aujourd’hui prospère et pourtant considérée à l’époque comme un phénomène de mode, éphémère. Et d’avoir humblement suscité de nombreuses vocations comme de nombreuses sociétés.

- Avez-vous des anecdotes qui vous ont marquées ?
Beaucoup d’anecdotes bien sûr. Quelques-unes si vous voulez qui me viennent à l’esprit.

Les programmeurs qui à l’époque étaient au centre d’une équipe de développement très limitée (1-5 personnes) étaient créatifs et facétieux, et c’était en permanence le concours de celui qui faisait la meilleure, disons, « blague » :

* Je me souviens de l’arrivée de notre premier responsable des stocks, qui ne connaissait rien à l’informatique. Les programmeurs lui avait fait une liste de course à faire, en insistant sur leurs besoin impératif « d’encre pour stylo lumineux MO5 »… Le pauvre Hervé voulant bien faire avait passé la journée à la recherche de cette encre introuvable.

* Un jour un graphiste était venu me voir complètement désespéré. Il travaillait sur un jeu avec le programmeur Vincent Baillet qui malgré son insistance ne voulait lui allouer que 16 couleurs pour réaliser les graphismes (en raison des limites de la machine qui ne pouvait en afficher plus). Jusqu'à ce qu’un autre programmeur, Pascal Jarry, vienne le voir, sérieusement, et lui dise «tu sais, Vincent n’est vraiment pas sympa, moi je te donnerais 256 couleurs si tu travaillais avec moi ». Malgré toutes nos explications il en a toujours voulu à Vincent...

* Une histoire qui est depuis assez connue. La société Evolution, dont j’étais un des quatre actionnaires et qui a été vendu à IBM, était dans les mêmes bureaux que Loriciel. Elle concevait donc un traitement de texte. A l’époque pas de drivers, nous devions écrire des pilotes pour chaque imprimante du marché. Imprimantes qui avaient des tas de réglages hardware, et non software comme aujourd’hui. Un jour un client appel la hotline et explique que son document ne s’imprime pas, je vous passe les détails des 2 conversations de 1 heure avec tests de tous les paramètres, y compris les switchs, câble imprimante etc... Ne voyant plus aucune solution au problème, notre employé de la hotline a donc proposé au client de nous envoyer une copie de sa disquette, afin que nous l’analysions. Deux jours plus tard nous avons reçu… une photocopie de la disquette. Le client avait posé sa disquette sur un photocopieur et en avait fait une copie !

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* Je me souviens d’un client qui m’avait téléphoné en hurlant, nos logiciels ne fonctionnait pas, c’était honteux etc... un Monsieur vraiment désagréable. J’essaye poliment de le calmer, mais avec difficulté. Il m’explique qu’il a fait exactement ce qui était indiqué dans le jeu soit d’appuyer sur F4, mais que rien ne se passait, et le client de me demander comment nous avions pu laisser des erreurs aussi énormes. J’ai finalement compris, en reprenant tout du début avec lui, que depuis une semaine il appuyait sur la touche F, puis la touche 4, au lieu de la très connue touche de fonction F4.

* De cette femme qui traitait tous les éditeurs de jeux de macho, ne cherchant pas à répondre aux besoins des femmes, une honte ! Elle, avait la solution pour intéresser les femmes à l’informatique et pour faire, dixit, exploser le marché. Elle nous proposait son logiciel de recettes de cuisine, étape par étape. Même si sur le fond elle n’avait pas complètement tord, je lui ai signalé que la TV et l’Oric n’était pas vraiment dans la cuisine en général, et que même si on les y déplaçaient, je doutais que, les mains pleines de farine, l’on ait envie d’appuyer sur les touches du clavier. Elle m’a raccroché au nez.

* Nous avons longtemps travaillé avec un excellent et reconnu programmeur, ayant développé nombre de jeux à l’époque. Il avait commencé en tant qu’auteur indépendant pour Loriciel puis est devenu salarié. Un matin je vois sur son bureau un pistolet ! Oui il venait avec un pistolet au bureau car quelqu’un avait raillé… le rétroviseur de sa voiture. Une belle voiture à l’époque, qu’il s’était payé avec ses premières royalties de Loriciel. Je lui ai expliqué gentiment que ce n’était ni un outil de travail nécessaire, ni désiré. Rien à faire le lendemain il est revenu avec.

On passait devant son bureau pour arriver au mien et je me souviens de clients qui ont été, disons, surpris de voir l’arme à droite du clavier. D’autant que l’autre programmeur de la pièce travaillait en chaussons pour être plus confortable. Bref, après plusieurs discussions, il a finalement fallu le menacer de licenciement pour arriver à ce qu’il se débarrasse de son arme. - Ce programmeur avait commencé à faire ses premiers jeux à 16 ans. Comme beaucoup d’autres que nous en avons édité et eu le plaisir de connaitre, nombreux de ces petits génies en herbe, étaient quelque fois, disons, originaux…

* Allez sur ma lancée une petite dernière. Tous les ans avait lieu la grand messe, le salon mondial du jeu vidéo. Et toute l’industrie française arrivait et partait au salon en gros le même jour, nous nous retrouvions donc tous là, le management des sociétés ainsi que la presse, à discuter et ne pas dormir de tout le vol. Cette année là c’était à Chicago, dont l’aéroport à la particularité d’être grand et avec des couloirs interminables. Alors que nous discutions tous devant la porte de l’avion, l’on entend dans les H.P. de l’aéroport, ‘Mr Laurant Weill est demandé à la police, Mr Weill est demandé à la police mmédiatement’. Et Bruno Bonnel (patron d’Infogrames/Atari) et quelques autres de dire suffisamment fort que je n’avais pas assez planqué la poudre blanche, qu’ils penseraient aux oranges etc.. etc.

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Bref le reste des passagers du 747 me regardaient comme un seul homme. Je cours donc à la police à l’autre bout de l’aéroport, alors que l’avion embarquait les passagers. Là me reçoivent, dans une petite pièce, 3 baraques armés. Ils me montrent ma valise du doigt et me demande si j’en étais le propriétaire. Puis m’ordonnent fermement de l’ouvrir, tout en reculant de 3 pas, la main toujours sur le pistolet. Je me demandais vraiment si quelqu’un avait pu mettre quelque chose de douteux dans ma valise,… mais non, c’était mon rasoir qui s’était mis en route et qui faisait vibrer légèrement la valise dans un bruit sourd.

...Et je me souviens du reste du vol avec les commentaires confraternels sur mes activités suspectes, et tous ces passagers qui me dévisageaient.

- Un projet secret qui n’a pas vu le jour et que vous auriez adoré lancer ?
Mon PC stylo, imaginé en 1985 environ, je suis sûr que c’est l’avenir du PC, juste pas eu le temps de m’en occuper, une erreur.


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- Quelles étaient vos relations avec les autres éditeurs français ? Et étrangers ?
En général les relations étaient très bonnes et comme je l’ai dit beaucoup de ces gens restent en contact. Isabelle, ma femme, avait à l’époque organisé un match de foot au bois de Boulogne : les éditeurs contre les distributeurs, cela reste un grand souvenir, tous étaient là. Denis Thébaut le PDG d’Innelec -qui est toujours un des plus grands distributeurs- était l’arbitre, mais il ne connaissait rien au foot, alors il sifflait juste pour le plaisir.

- Avez-vous gardé des contacts avec les acteurs du secteur de l’époque ?
Oui quelques uns travaillent toujours avec moi comme Jean Francois Graffard. Je reste plus ou moins en contact avec certains, comme Philippe Seban (Loriciel), Christian Brecheteau (Sega), Bruno Bonnel (Atari), Philippe Ulrich (Ere et Cryo) avec qui ont faisait de la musique dans la cave de Ere Informatique, etc… et je prends des nouvelles de nombre d’autres. Mais après Loriciel j’avais vraiment envie de couper les ponts, recréer quelque chose, de redémarrer une nouvelle aventure à zéro, sans doute pour me prouver que j’en était capable, ayant commencé très jeune.

- De quoi êtes-vous particulièrement fier de cette époque ?
Comme je le disais, je suis assez fier que cette première école : Loriciel, avec Infogrames, Titus, Ere, Lankhor, Cocktail… a complètement créée une industrie. Beaucoup de ceux que nous avons recrutés ou avec qui nous avons travaillé, ont eux-mêmes créé des entreprises, des studios, des projets… Par exemple Xavier Niel le fondateur et Président de Free, qui a commencé à monter ses premières sociétés dans la « cave » de Loriciel à Rueil.

J’ai été par contre désespéré de voir que l’industrie française du jeu vidéo, qui n’a pas été aidée quand il le fallait, et surtout qui a fait de nombreuses erreurs, ne tient plus le rang qui était le sien dans les années 80-90, un vrai gâchis. Des talents qui sont partis ou sont passés à autre chose, mais le plus souvent de ce qu’ils me disent, à regret.

- Étiez-vous au courant de la folie autour des vieux micros ? Qu’en pensez-vous ?
Oui mais de loin. Par contre Visiware faisant ce que l’on appelle des jeux casual, le côté vintage, le focus à nouveau donné au gameplay, fait partie de notre travail de tous les jours.

- Quel est votre jeu préféré de cette époque ?
Voila une question difficile il y en a tellement. Des coups de cœur pour des jeux qui ont marqué comme Sapiens, 5eme Axe, Aigle D’Or, West Phaser (quelle histoire cette fabrication de pistolet à Taiwan !), Turbo Cup et sa Porche aux couleurs de Loriciel et de René Metdge (une idée de Philippe Seban), pour l’émulateur minitel (livré avec son câble magique).

- Un dernière anecdote pour nos lecteurs ?
Parmi les gens formidables que nous rencontrions tous les jours je me souviens d’un Irlandais étonnant, bourru et génial. Un grand spécialiste de l’époque des communications inter-machines, je le consultais pour connecter des machines via le port RS232 et écrire les drivers nécessaires. Un jour il fut contacté par le premier fabricant de voiture allemand qui venait de recevoir un gros ordinateur de Siemens je crois. C’était très très important que cette nouvelle génération d’ordinateur fonctionne pour les deux sociétés.

Pourtant cela ne fonctionnait pas, toutes les nuits à minuit 10 environ tout plantait. Après un mois d’ingénieurs sur place, de remplacement de toutes les composantes de la machine, n’ayant rien trouvé, ils ont fait appel à mon Irlandais, grand buveur de Guiness. Il arriva à 16h demanda une chaise et pris 2 cartons de bières, sans même regarder les consoles. Devant les regards ébahis des tous les ingénieurs, le temps passa ainsi. Il resta seul sur son siège jusqu'à la nuit venue et vers minuit la femme de ménage fit son entrée avec l’aspirateur, cherchant une prise elle débrancha celle se trouvant devant elle, pour y brancher son aspirateur, sans se soucier des petites lumières qui un peu partout s’éteignaient doucement.

Mon irlandais eu une grosse berline en cadeau pour avoir passé quelques heures à boire de la bière…

Interview réalisée au mois de Décembre 2007.

(c) Charles da Silva - 2007 

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-December 2007- (source : Amstradeus) 

Interview of Mr Laurant Weill (Loriciel)

  

- First of all, can you tell us who you are and what you do nowadays?
Hi,

Laurant Weill, I created some of the first software companies in France, like Loriciel which was one of the most important ones at that time.
Today, I'm the CEO of Visiware, which I founded in 1994 and became the world leader in the area of interactive television games. Our TV channels are broadcated in more than 70 countries. A couple of years ago, we lauched the first triple play offer which allows you to play on TV, cell phones and Internet, so that you can begin a game say on your TV and resume it on your cell phone.


In addition to Loriciel, I also created or participated in Society like Microids, Evolution, Broderbund Europe, PCAway... Evolution created the most sold word processor at that time which was given with the Amstrad PCs.

An anecdote? The negociation with Marion Vannier from Amstrad France for this word processor was harsh and long. In parallel, Atari was making offers and asked for the exclusivity. Finally, after we negociated each cent and that everyone was about to give up, before the signature, Marion Vannier convoqued us. We were prepared not to accept anything more, and certainly not any more new functionnality to be developped in this word processor. And here is what she had to tell us : "OK, we will sign, but only with one non-negociable condition : I want that the user manual to be printed with a more solid book binding, you understand, it's important for a woman." I've got to tell you, we were stunned, we were expecting anything but that.
We accepted and signed.

- What was your first computer?
Well, I began with computer kits, following instruction plans. Let say that my first processors were the Motorola 6800 and the Z80. During my computer studies and while I was in the army, I created a team of computer freaky wizards. We were all in our 20ies. We designed and built our own computer : the TOM. It was based on the 16 bits processor, the 68000, which was to be released a few months later. One was in charge of the graphic chip and the wiring, another one of the BIOS, one of the Basic and everyone with the building of the computer. It was all in my kitchen on two tables and thousands of wiring and discret circuits.

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A great time and an incredibly powerful machine with inovative and surprising functionnalities, never seen before graphic resolutions for a very low price. With TOM we went to see Thomson (they just released the TO7); they were surprised and so were we when they told us "we don't believe in the 16 bits computers, thanks." Six months later the Macintosh was released based on the 68000, and then the Atari, Commodore...

Before, amid and after Loriciel, which I created in September 1983 just after I graduated, I think I saw passing by almost every machine. The ZX80 and 81, Apple, Lynx, Oric, Dragon, Enterprise, Mattel, Pet, CBM, Alice 32, Philips VG5000, Thomson, Atari, Amiga and of course every Amstrad.

- When did you discover the Amstrad CPC?
When meeting with François Quentin in Sèvres in their first office. A man whom I have a very good memory, even though we had to fight to get the first developement machines.

- What kind of relations did you have with Amstrad France and Amstrad?
Very good with Amstrad France, there were non with Amstrad UK. I must have met Sugar a couple of times only and quite quickly, while I've met with every company CEO back then. From Steve Jobs to... oh, here's another anecdote. My first meeting with Activision CEO. Activision was then the biggest game company and use to throw parties that were stunning and luxurious. We were supposed to meet in his huge suite in Vegas Caesar Palace.
So I come from Paris to negociate the exclusivity for France, with my nice metal suitcase. He invites me to join him in a large sofa, in front of me a small table, his wife and himself.

She proposes drinks, I take a large tomato juice. The glass is in front of me, and we begin talking. I'm willing to show him the last Tilt magazine (popular French computer magazine), so I open up the suitcase which hurts the glass... and here's the juice on the poor couple. You can imagine how embarassed I was... A full team of managers, nanies, maids came right away, which only made me feel more embarassed. We finally signed with Activision.

- What do you think of it at the time and what do you think of it now?
I must say that at first I was absolutely not convinced. I found the packaging ugly, the colours were ugly too, the marketing basic and the functionnalities were not innovative. And it was a question of culture. When you began with the Motorola/Commodore family (with the 6502, 6800, etc.) you were a bit sectarian with the others (Z80) included in the TRS80, Amstrad... and likewise. This was the background for permanent furious debates between the two groups. Just good reasons to challenge, created, exchange.

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- Do you still own one?
Unfortunately, I only kept one Oric... and the packaging of the TOM, which I now regret. Still, I think I kept an exemplary of every Loriciel game. (no, don't write, I'll keep them!)

- Do you have any picture of the TOM computer, I must say I'm curious (plus, it's the name of my son)?
No, but I should definitely take one.

- Among all the 8/16 bits computers of the time, which one is your favourite (the Oric I presume)?
Yes, the Oric. I first discovered it while it was still being conceived. I had a lot of talking with its designer near Oxford, and personnaly spent some hours on it. I re-did the schematics to learn the tricks used. I learned a lot with the Oric. Just after, I shall say the CBM family: the PET 2001 and the CBM. And special mention to the first kit I did by myself based on a 6800. I nicknamed it Achille.

- Why computers?
When I was 13, my father took me to a computer fair (there were only huge machines), the SICOB, and I had to figure out how it worked.

 
- Why Loriciels?
Naturally. I opened a store that was the first importer of the Oric in France (Ellix) while I was in the army. There was this queue in front of the store every day of delivery. I had written one or two games, so did my friends and I thought that here was a market. I created Loriciels (at the time with an S) and my wife found the name while she was at the INPI and that every name I had chosen were already registered. The publicity was almost being printed we had to find a name in the hour. The success was very quick to come. Infogrammes was created four months later. Loriciels became the leader in France in 83-90.

- Why Loriciel instead of Loriciels?
We received a lot of letters with and without the S. And as we were designing the new logo, it seems just right without it.


- How do you look at this adventure now?
Without any nostalgy. 7 fantastic years. We had to create everything, including the distribution, the marketing, the manufacture and selling methods. And three years of hell with the second generation of consoles which were, at the beginning in closed circuits by the japanese which made the market fall. We were young (I was 23 when Loriciels was created), inexemperienced, reacting only with our logic and intuitons: an exceptionnal exeprience and also a lot of mistakes.

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- What are you most proud of? What would you have changed?
To be part of an industry now prosperous, but at the time considered as a society phenomenon, something that will not last. And to have humbly created vocations like many other companies.


- Do you have any anecdote about that time?
Tons of them of course.

The programmers at the time that were in the center of a very limited developping team (1-5 persons) were creatives and mischievious and it was always like the competition of the one that made the best, let say, "joke" :


* I remember when our first stock manager came. He knew nothing about computers. The programmers made him a list of things to buy, insisting on imperative needs of "ink for the MO5 light pen"... Our poor Hervé, trying to do his best, spent his all day searching for this unobtainable ink.

* One day a graphist came to show me in total despair. He was working on a game with Vincent Baillet, who, despite his insistance, was only willing to give him 16 colours to make his graphics (due to the machine limitations). Until another programmer, Pascal Jarry, came to see him, very serious, and told him "you know, Vincent is not nice to you. I would give you 256 coulours if you come to work with me". Even with us telling him the truth he was always kind of mad with Vincent.

* A story that is now well known. The Evolution company, which I was one of the four shareholders and that was sold to IBM, was in the same building as Loriciels. It was developing a word processor. At that time, no drivers. We had to write them for each of the printers of the market. Printers which had a lot of hardware settings (and not software as today).

One day, a customer calls the hotline and tells us that his document cannot be printed. I spare you with the details of the hour of explanation with the testing of every setting, including, switches, printer cables, etc. Without any other solution to his problem, our hotline employee proposed to the client to send us a copy of his disk so that we could analyze it. Which we did two days later... but it was a photocopy of the disk. The client did just put his disk on a xerox machine and made us a copy!

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* I remember a client that called me yelling that our software did not work, that it was a shame... Someone really unpleasant. I try to calm him, politely, but with some difficulty. He told me that he had done exactly what was indicated in the game, that is to press of the F4 key, but nothing happened, and the customer to ask me how we could have let passed such huge mistakes. I finally discovered after checking everything from the beginning with him that he was pressing the F key and then the 4 key instead of the F4 function key.

* Of this woman that was calling every game editors machos, not trying to meet women needs, a shame! She had the solution to make them interesting for women and to, according to her, rocket the market. She proposed her cooking recipes software, step by step. Even though she was not wrong, I told her that the TV set and the Oric were not generally in the kitchen and that even if we put them there, I doubted that, with our hands full of flour, we would press the keys of the keyboard. She hang on me just like that.

* We worked for a long time with an excellent and renowned coder. He began as an independent author for Loriciel and then became our employee. One morning I see on his desk a gun! Yes. He came with a gun to the office because someone pissed him off... and broke his car rear-view mirror. A nice car at that time, which he bought with his first royalties. I kindly told him that it was neither a necessary, nor wanted work tool.

Still, he came back with it the next morning. We had to pass by his office and I remember customers surprised to see his gun on the right of his keyboard. Plus, the other programmer worked in slippers to be more comfortable. Anyway, after some arguings, we had to threat him that we would fire him if he did not get rid of his gun. This programmer began his first games when he was 16. As many of the guys we did publish and had the pleasure to know, some of these genius were, let say, eccentric.

* While I'm hot a last one. Every year, there was this big mess, the world video game fair. And the whole French industry came and went off on the same day. And we were all there, the management of these companies as well as the press, talking and not sleeping during the flight. That year, it was in Chicago which airport has the distinctive feature of being hugh with endless corridors. While we were talking at the gates of the plane, we heard on the airport sound system, "Mr Laurant Weill must come to the police department immediatly." And Bruno Bonnel (Infogrames/Atari boss) and some other guys to loudly say that I hadn't hide enough the angel dust, that they would remember to bring the oranges, etc.

So the rest of the 747 passengers looked at me in a suspicious way. I ran to the police quarters at the other end of the airport and there stood 3 huge armed guys, in a small room. They show me my suitcase and ask me if I was the owner. They firmly ask me to open it, their hand on their gun, while stepping back a while. I was wondering if someone had put something in my suitcase. But no, it was just my shaver that started working and was making this sound and vibrating lightly.

...And I remember during the rest of the flight of the friendly comments and all these passengers looking at me.

- A secret project you would have loved to release?
My PC pen, imagined circa 1985, I'm sure it's the future of the PC, just haven't had the time to take care of that, a mistake.

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- What relations did you have with French editors? And foreign ones?
Generally, they were great. Isabelle, my wife, organized a football game near the "bois de Boulogne" - editors vs distributors. It was so much fun... they were all there. Denis Thébaut, Innelec CEO, which is still one of the biggest distributors, was the referee. He didn't know anything about football, but he was there just for the fun.


- Did you keep contacts with actors of that time?
Yes, some still work with me like Jean François Graffard. I'm still kind of in contact with Philippe Seban (Loriciel), Christian Brecheteau (Sega), Bruno Bonnel (Atari), Philippe Ulrich (Ere et Cryo) with whom we played music in Ere Informatique basement... and I still take news from many others. But after Loriciel, I was really willing to create something else, begin another adventure, prove to myself that I could do it, since I began while young.

- What are you most proud of about that time?
Like I said, I'm proud of this first school: with Infogrames, Titus, Ere, Lankhor, Cocktail... completely created an industry. A lot of those whom we hired or whom we worked with did themselves created companies, studios, projects... For example Xavier Niel, the founder and president of Free began his first companies in the basement of Loriciel in Rueil.

But I was in despair to see the video game French industry not being helped when it had to and who made many mistakes and therefore does not stand his rank by now, a real waste. Talents did go away or to other things, but in most cases what they tell me is that they did against their will.


- Were you aware of all this madness around old computers? What do you think of it?
Yes, by far. But Visiware did what we call casual games, vintage. Focusing on the gameplay is part of our everyday job.


- What is your favourite game of that time?
Now, that is a difficult question. There are so many. I have a special affection for games such as Sapiens, the fifth axe, Aigle d'Or, West Phaser, Turbo Cup and its Porche with the colours of Loriciels (a Philippe Seban idea).

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- A last anecdote four our readers?
Among the great people we met during those days, I remember an Irish guy, really incredible... He was a specialist of the inter-computers communication, and I used to consult him to connect computers via RS232 port and write the necessary drivers. One day he was contacted by the first German car manufacturer who had just received a Siemens mini-computer. It was really important that this new generation of computer could work for both companies. But it wasn't working. Every night around ten to midnight, it crashed.

After a month of work, study, changing the components and having found nothing, they called my Irish guy, who was a huge Guiness fanatic. He came at 4 p.m., asked for a chair and 2 packs of beer, without even looking at the consoles. So, here he was, in front of all the stunned engineers. He stood there, alone, until night came and the maid with its vacuum cleaner, looking for a plug, she'd unplugged what was just in front of her, not noticing all the leds that went off...

My Irish guy won a big car as a gift for having spent some hours drinking beer...


Interview made in December 2007.

(c) Charles da Silva - 2007

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