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Vincent Grenet [fr-en] -L'aigle d'or- (Amstradeus)

[fr] 

-Mai 2004- (source : Amstradeus)

Interview de M. Vincent Grenet
(Programmeur du mythique Aigle d'Or sur CPC).

- Pouvez vous tout d'abord vous présenter ?
J'ai 39 ans, diplômé en 1987 de l'école supérieure d'informatique (ESI) à Montreuil. Je construis toujours des logiciels, en ce moment dans le monde télécom.


-Quand avez vous découvert l'Amstrad CPC ?
Quand il est sorti. J'étais étudiant à l'ESI, et comme la plupart des étudiants, surtout le groupe que je formais avec quelque amis, notre intérêt pour les nouveautés était grand. Beaucoup de machines intéressantes sont sorties à cette époque ou un peu plus tard (Sinclair Quantum Leap, Amiga, Atari ST...), avant que le standard IBM PC ne ratiboise tout.

- Avez vous été en contact avec l'informatique auparavant ? Comment et avec quel(s) micro(s) ?
J'en entendais un peu parler à la maison car mon père en utilisait pour son travail.


Au palais de la découverte, j'ai assisté à un exposé (sujet: "les ordinateurs"), un Comodore PET 2001 (CPU 6502 1MHz, 16Ko RAM) servant aux démonstrations. Quand j'étais au lycée, je passais un peu de temps au rayon micro-informatique des magasins à expérimenter avec (toujours) un PET 2001. Il n'y avait de toutes façons pas beaucoup de choix à l'époque, les micros étaient rares et je ne connaissais personne qui en possédait.


Ensuite mon père a acheté un Apple II+ (6502 1MHz, 64Ko de mémoire, une bête de course à l'époque). Là, j'ai commencé à être sérieuseument accro. J'ai commencé en Basic, puis je me suis mis rapidement à l'assembleur (là non plus pas beaucoup de choix dans les languages; j'ai acheté plus tard une carte d'extension avec un Z80 pour utiliser un compilateur C). A l'ESI, on utilisait un IBM 370 pour faire du FORTRAN.


Pour Loriciels, j'ai utilisé deux machines à base de Z80, ensuite uniquement des PCs.


- Quand avez vous abandonné le CPC ?
Je n'y ai plus touché après avoir développé l'Aigle d'Or.


- Qu'en pensiez vous à l'époque et qu'en pensez vous maintenant ?
Le CPC était une très bonne machine. D'un point de vue industriel, les options (composant éprouvés tels le Z80) était bonnes, le logiciel de base (pas vraiment un système d'exploitation, mais plutôt un ensemble de code pour piloter les fonctions de base type écran, disquette...) était assez bien fait, et surtout très bien documenté, contrairement à d'autres machines.

Il était assez compact, livré avec un moniteur (c'était rarissime à l'époque, et ça permettait de ne pas monopoliser la télé familiale), lecteur de cassette (puis de disquette) intégré, un clavier agréable (c'est important quand on passe beaucoup de temps à taper dessus). Ce sont tous ces éléments combinés qui ont fait son succès.


- Possédez vous toujours un ordinateur Amstrad ?
Je n'en ai plus, et n'en ai jamais eu à moi. J'ai développé l'Aigle d'Or sur une machine prêtée par Loriciels.


- Quelles utilisations aviez vous ?
Aucune autre que de développer le jeu.


 

- Comment voyez vous aujourd'hui l'Aigle d'Or ?
Son succès m'étonne toujours... Franchement, je n'ai jamais trouvé d'intérêt à jouer à ce jeu; par contre, j'y ai trouvé un intérêt à le développer, j'ai apris à cette occasion beaucoup de techniques très utiles.

- Qu'est ce qui vous a poussé à écrire ce jeu ?
Un camarade d'école et moi avons décidé de faire des jeux. Nous avons choisi un éditeur presque au hasard (Loriciels était assez connu) dans un journal, nous avons rencontré les deux fondateurs Marc Bayle et Laurent Weill. J'ai d'abord développé un logiciel de dessin (le "paint" de l'époque) sur une machine appelée Lansay 64 (Z80 1MHz, 64Ko RAM) qui n'a pas eu beaucoup de succès (le logiciel n'a finalement pas été édité).


Ensuite Loriciels m'a confié le développement de l'Aigle d'Or sur CPC.


 

- Comment s'est déroulé sa conception ?
Le jeu lui-même existait déjà sur Oric. J'ai repris le scénario tel quel. Dans un premier temps, j'ai réalisé des graphiques presque identiques à ceux de la version Oric, mais l'editeur a voulu les améliorer, et les a confiés à une graphiste. L'amélioration des graphique est des points qui a été reproché à la version Amstrad!

 

- Avez vous rencontré des difficultés ? Si oui, lesquelles ?
Pas vraiment de difficultés techniques. Le jeu est sorti en retard, mais ça n'a rien d'étonnant. A l'époque, c'était le programme le plus évolué et le plus volumineux que j'ai écrit. Le développement a duré quelque mois en parallèle avec mes études.


- L'Aigle d'Or a eu un succès phénoménal. A quoi l'attribuez-vous ?
Je crois que la version Oric s'est bien mieux vendue (proportionnellement au nombre de machines), et c'est surtout elle qui a eu le retentissement que l'on connaît. La version CPC n'a été qu'une continuation, où l'esprit du jeu était totalement respecté.


- Quels languages avez vous utilisé ? Utilisiez vous des outils de programmation particuliers ?
Tout a été écrit en assembleur Z80. Il me semble (parce que je ne me souviens pas avoir utilisé un logiciel connu) avoir écrit un outil pour faire la première version des graphiques.


- Parlez nous un peu de votre boulot à l'époque. Comment cela se passait il ? Avez vous des anecdotes ?
Je n'ai malheureusement pas grand chose à dire sur Loriciels. J'ai fait tous les développements chez moi.


- Que pensez vous de la direction qu'a pris l'informatique avec l'avènement du standard IBM ?
Cette architecture ouverte a permis d'avoir des machines dont on aurait pas imaginé la puissance actuelle: en 1980, le PC est sorti avec 16Ko RAM et une interface K7. Le maximum de RAM possible à l'époque était de 640Ko (qu'on ne pensait jamais remplir).


On a maintenant des machines qui trustent la presque totalité des machines de bureau (plus de 80%, qu'elles soient sous Linux ou sous Windows), et même une bonne partie des serveurs. C'est certainement son ouverture qui a fait son succès, sur un modèle similaire à celui qui fait celui de Linux actuellement, alors que les options fermées (je pense à Apple) sont mortes d'inanition.


- Avez vous gardé des contacts avec des acteurs du secteur de l'époque ?
Non.


- Etiez vous au courant des activités de la scène CPC (sites, démos, conventions, etc.) ?
Pas du tout. J'étais assez isolé.

Interview réalisée au mois de Mai 2004. Merci à Vincent Grenet pour sa coopération.

(c) Charles da Silva - 2004

[/fr] 

 

[en]

-May 2004- (source : Amstradeus)

 

Interview of Mr Vincent Grenet
(Programmer from the mythic Aigle d'Or).

 

 

- First of all, who are you?
I'm 39, I got a degree from the école supérieure d'informatique (ESI) in Montreuil, in 1987. I still create software, presently for the communication market.


-When did you discover the Amstrad CPC?
When it was released. I was a student at the ESI, and like every student, especially the group I was in with friends, our interest for new things was great. A lot of interesting machines were released at that time or a little later (Sinclair QL, Amiga, Atari ST...) before the IBM PC standard took the market.

- Were you in contact with computers before? How and which computers?
I used to hear about them at home, because my father used one at his job.
At the "Palais de la découverte", I went to an exposé ("The computers"). A Commodore Pet 2001 (CPU 6502 1MHz, 16Kb RAM) being used for demonstration. When in High School, I used to spend some time in stores selling Computers to try them (a PET 2001 again). Any way, there was not much of a choice at that time, computers being rare and I didn't know anyone who had one.


Then, my father bought a Apple II+ (6502 1MHz, 64Kb RAM, a Formula 1 at the time). I started then to become addicted. I first started with Basic and very quickly went to machine code (there wasn't much of a choice of languages at that time; I bought an Z80 extension card to use a C compiler). At the ESI, we worked with an IBM 370 to work with FORTRAN. For Loriciels, I used to Z80 based machines, and then only PCs.


- When did you abandoned the CPC?
I didn't use it anymore after finishing the Aigle d'Or..


- What did you think of it at the time and what do you think of it now?
The CPC was a very good machine. The options taken were the good ones (well known components like the Z80 for example), the software (not really an Operating System, rather a group of code to manipulate the basic functions like the screen, the floppy) was quite well done and plus, very well documented if compared to other machines, built-in tape recorder (and the floppy disk), a nice keyboard (important when you spend some time working on it). All this combined made its success possible.


- Do you still own an Amstrad computer?
JNot any more and I never owned one. I developed the Aigle d'Or on a machine lent by Loriciels.


- How did you use it?
Nothing but developing the game.


- How do you perceive the Aigle d'Or today?
Its success will always surprise me... Frankly, I nerver found any interest in this game, even though I found much interest in developing it. I learned many usefull techniques.

- What was the motivation in writing this game?
A school friend and I decided to create games. We chose the editor randomly (Loriciels was well known) in a magazine, and then met the two founders, Marc Bayle et Laurent Weill.
I first developed a drawing software on a machine called the Lansay 64 which did not sell well (the software was ultimately abandoned). Then Loriciels asked me to develop the Aigle d'Or on the CPC.


- How was its conception?
The game had already been created originally on the Oric. I respected the original scenario. First, I realised the graphics as identical as possible as the Oric version, but the editor wanted to enhance them and asked a graphist designer to do so. Better graphics is one of the things that has been criticized on the Amstrad version!

- Were there difficulties? If so, which ones?
Not really technical difficultied. The game was released late, which is not surprising. At the time it was the biggest and most complicated programme I had wrote. Its development was done jointly with my studies.


- The Aigle d'Or had an incredible success? Why do you think that is?
I think the Oric version sold better and it was mainly this one which had the success we all know. The CPC version was just a sequel where the original idea was respected.


Which languages did you use? Did you use any particular programming tool?
Everything was written in machine code. I think (because I don't remember using any known software) I wrote a tool for the first version of the graphics.


- Tell us about the work at that time. How was it? Any anecdote?
I don't have much to say about Loriciels. I made it at home.


- What do you think of computing today with the domination of the IBM Standard?
This open archictecture allowed to have machines which we wouldn't have dreamt of: in 1980, the PC was released with 16 Kb of RAM and a tape interface. The maximum of RAM possible was 640 Kb (which we thought impossible to fill)
We now have machines which dominate the market (more than 80% wheter they are under Linux or Windows) and even the major part of the servers. I guess its open architecture was the key of its success, like Linux today, while others (Apple for instance) died of ination.


It's certainly the fact of being open, like Linux today, that made its success.


- Do you still have contacts with the actors of that sector at that time?
No.


- Were you aware of the CPC scene (sites, demo, conventions, etc.) ?
Not at all. I was rather isolated.

Interview realised in May 2004. Thanks to Vincent Grenet for his cooperation.

(c) Charles da Silva - 2004

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